Richard de Fournival : Bestiaire d’amour

Le Bestiaire d’amour de Richard de Fournival est un texte cohérent, la lettre peinte de l’amant (la communication par la parole et par l’image) à sa femme aimée (très chère aimée, amie très cher aimée, très douce aimée) qui ne l’aime pas. En exprimant ses sentiments il les enrichit des descriptions des animaux qui servent ici à souligner les traits et les actions de l’amant, de sa dame, des autres hommes et de l’amour en général. Ce sont les sentiments qui importent et les bestiaires ne sont que pour la comparaison tandis que chez Pierre de Beauvais les morales suivaient des descriptions des animaux. Dans le Bestiaire d’amour on ne trouve pas de sens religieux. Les animaux mentionnés ne sont ni bons ni mauvais, l’auteur ne les juge pas. Dans cette œuvre on trouve beaucoup d’animaux qui ne sont pas mentionnés par Pierre de Beauvais comme par exemple le coq auquel le poète s’identifie lui-même (chez Pierre de Beauvais on trouve seulement un épisode que le lion craint le coq blanc).
Le chant de l’amant
 Ici le coq chante et la fréquence autant que la force de son chant dépendent du temps du jour ou de la nuit. L’amant chante plus fort dans cette lettre car il a perdu l’espérance d’être aimé (il est au minuit où le coq chante le plus fort). Le grillon représente également le chant du poète car il meurt en chantant comme l’amant aperçoit que plus il chante moins il obtient du profit. Le cygne chante le mieux dans sa dernière année donc le poète par peur de chanter abandonne son chant et appelle sa lettre l’arrière-ban. L’âne sauvage brait quand il a faim mais le poète ayant faim de sa dame ne peut pas braire car il a perdu sa voix parce que c’était le loup (la femme) qui l’a vu la première (a aperçu l’amour du poète). Le chien mange ce qu’il vomit comme l’amant voudrait avaler de nouveau sa prière.
La femme – l’objet de l’amour
Le loup est comparé à une femme et ses trois natures sont énumérées comme chez Pierre de Beauvais : il ne peut fléchir le cou sans tourner tout le corps, il cherche une proie loin de sa tanière et s’il fait de bruit en chassant il se fait une morsure. Chez Richard de Fournival ces natures symbolisent l’amour de la femme car elle ne peut se donner que tout entière, quand elle aime un homme qui est loin d’elle, elle l’aime plus et si la femme se laisse deviner à l’homme qu’elle l’aime elle se venge à elle-même.
La femme est comme un serpent qui s’attaque à un homme vêtu comme elle s’attaque à un homme amoureux d’elle. Le lion s’attaque également à celui qui le regarde et l’amour commence par la vue. Le corbeau mange les yeux d’un homme mort ensuite sa cervelle comme l’homme pris par la vue de la femme perd sa cervelle. La belette conçoit par l’oreille et met bas par la bouche (chez Pierre de Beauvais à l’envers) et elle est semblable à une femme qui entend les paroles par l’oreille et elle en se libère par la bouche. Le calandre regarde un malade s’il va vivre et ne veut pas le voir s’il va mourir tout comme l’amant qui est un malade et la femme ne veut pas être avec lui, donc il meurt d’amour. La sirène tue l’homme après avoir l’endormi par le chant. Il existe trois sortes de sirènes dont deux sont moitié femme et moitié poisson et la troisième est moitié femme moitié oiseau (chez Pierre de Beauvais il n’y en a qu’une femme-oiseau). Les femmes agissent également de cette manière mais le poète n’accuse pas sa dame, il est coupable lui-même de son amour. Les femmes chassent les hommes qui sont chaussés comme le singe, c’est-à-dire amoureux d’elles.
Cinq sensations de l’homme
Il existe cinq sensations en homme et les animaux qui les représentent sont les suivants : le lien – la vue, la taupe – l’ouïe, le vautour – l’odorat, le singe – le goût, l’araignée – le touché. Quand les hommes n’ont pas cetaines sensations ils ont les autres beaucoup fortes, l’aveugle entend mieux et le sourd voit mieux. Les abeilles n’ont pas d’ouïe mais elles sont guidées par le sifflet et le chant, la taupe est aveugle mais il entend parfaitement, le merle qui est laid mais qui chante mélodieusement. L’amant a été pris par l’ouïe car il n’a pas agi comme l’aspic qui ne voulant pas écouter la musique bouche une oreille du bout de sa queue et met l’autre par terre jusqu’à ce qu’elle se remplisse de la terre. Le poète a été pris par la vue comme le tigre qui se regarde au miroir. Il a été également pris par l’odorat comme la licorne qui s’endort au doux parfum de la vierge (la licorne n’est pas attirée par l’odeur chez Pierre de Beauvais) ou comme le animaux ne peuvent pas s’éloigner de la panthère à cause de son odeur. Par contre, le poète n’est pas pris par les deux autres sensations comme le goût ou le touché.
Quatre éléments purs
La taupe vit de la terre pure, le hareng de l’eau pure, le pluvier de l’air pur et la salamandre du feu pur.
La prudence
La grue veille sue les autres grues en plaçant de petites pierres sous ses pattes et elle symbolise la prudence que l’amant n’a pas pris, la queue du paon représente également la prudence car elle est en arrière et elle est couverte d’yeux, le lion qui est chassé efface ses traces de sa queue. Une vache que la dame a donné à garder à un berger Argus qui avait cent yeux mais Mercurius l’a endormi et a pris cette vache. L’éléphant a peur du dragon, c’est pourquoi la femelle met bas dans les eaux de l’Euphrate (chez Pierre de Beauvais dans les eaux de l’étang). Enfanter symbolise retenir l’amour et l’eau est la prudence. La colombe se pose sur l’eau pour éviter un autour.
Les remèdes pour l’amant
L’hirondelle peut guérir ses enfants qui ont les yeux crevées, la belette peut ressusciter ses enfants tués, le lion ressuscite ses enfants mort-nés par le rugissement comme la femme peut remédier au mal du poète en l’appelant, le pélican ressuscite ses enfants qu’il a tués par le sang de son flanc comme la femme pourrait ouvrir son flanc et arroser l’amant de sa bonne volonté et accorder le cœur qui est dans ce flanc. Le castor a un membre qui renferme un médicament et on le chasse pour ce membre (chez Pierre de Beauvais ce sont les testicules, les vices des hommes). La femme peut se délivrer de la prière du poète comme le castor se débarrasse de son membre. Le pivert fait sortir une cheville de l’entrée de son nid à l’aide d’une herbe. L’amant voudrait savoir cette herbe pour ouvrir le flanc de son aimée et de prendre son cœur. Le remède le plus efficace est le don du cœur de sa dame.
La vengeance – les autres hommes et la fidélité de l’amant
On peut trouver un remède en se vengeant si la dame aimait un autre homme. Le poète veut prouver à son aimée que les autres hommes sont les trompeurs et lui, il resterait fidèle toujours. L’amant compare ces hommes à une série d’animaux et d’oiseaux. L’hirondelle mange, boit et nourrit ses enfants en volant et il y a d’hommes qui aiment en passant et traitent toutes les femmes de manière égale. Le hérisson se met en boule et on ne peut pas le toucher comme ces hommes qui peuvent prendre tout mais ils ne peuvent pas être pris. L’hydre qui possède plusieurs têtes comme ces hommes qui possèdent plusieurs femmes. La vipère vient au monde après avoir tué ses parents comme ces hommes parviennent à la valeur à l’aide des femmes. La serre suit le navire, l’homme aimé de sa dame est comme la serre qui le suit mais en cas de colère il la quitte. La baleine ressemble à une île et les marins y abordent et ils meurent quand elle plonge. Le renard trompe les pies. Le vautour vit de charognes et il suit les armées comme les hommes qui suivent les femmes pour tirer du profit d’elles. Le crocodile dévore l’homme et il le pleure toute sa vie. Le poète veut que sa femme aimée qui l’a dévoré s’en repentie maintenant. L’amant déclare qu’il est comme un enfant mal-aimé de la femelle du singe qui porte son enfant qu’elle aime de devant et celui qu’elle déteste derrière mais quand elle doit marcher en quatre pattes elle perd son enfant aimé et l’autre enfant se tient à elle. Le poète voudrait que sa dame perde un autre homme et le garde. Le poète est comme une tourterelle qui après avoir perdu son mâle reste toujours fidèle. L’amant reviendrait toujours chez sa dame comme les enfants de la perdrix reviennent chez leur vraie mère. Le poète est comme un œuf qui a besoin d’être couvé et autrement il ne pourrait pas vivre  mais l’autruche pond les œufs et les laisse dans le sable et cela pourrait être le cas pour l’amant. Le poète serrait un bon fils pour sa dame comme la cigogne et la huppe qui nourrissent leurs parents.
Les secrets
Le crocodile mange à rebours, le dragon touche d’un venin en léchant de sa langue, c’est comme on confie des secrets aux gens qui ne savent pas les garder.
L’orgueil
L’aigle brise son bec quand il devient trop long, le bec représente l’orgueil.

Le texte de Richard de Fournival contient tous les émotions et les sentiments de l’homme qui n’est pas aimé par sa dame, y compris la description de la dame et des autres hommes desquels il veut la protéger et desquels il est jaloux.